Le besoin
à long terme d’une surveillance de l’environnement marin est reconnu
mondialement. Des rapports récents ont confirmé cet intérêt :
Illuminating the hidden planet
du Conseil National de la Recherche aux Etats unis ou
Long term observations in the Oceans
au Japon en 2001, patronné par ION (International Ocean Network).
Sur le plan européen, il
existe plusieurs exemples d’observations sur de longues périodes :
En océanographie
physique, des mouillages de
courantomètres sur une radiale des îles Shetland aux îles Faeroe a permis de
surveiller les échanges entre les océans Atlantique et Arctique qui
pouraient jouer un rôle significatif dans l’évolution du climat et dans le
contrôle des flux avrc la Méditerranée. En biologie les résultats les plus
remarquables ont été obtenu en déployant des appareils photographiques sur
de longues périodes dans l’Atlantique Nord Est (projet BATHYSNAP). Ces
expériences ont mis d’abord en évidence des changements saisonniers de
l’océan profond puis, sur une période de 10ans, des changements majeurs de
cet environnement. Un troisième exemple est, en sismologie, l’extension des
réseaux d’observation de la terre au domaine marin. Ces dernières années,
l’industrie pétrolière a installé des capteurs et des réseaux ce câbles sur
le fond de la mer dans les zones d’exploitation de pétrole et de gaz afin
d’améliorer la gestion des équipements de production.

Il
existe plusieurs propositions internationales
ambitieuses de réseaux de station de fond de mer. Le projet NEPTUNE propose
l’instrumentation de la plaque Juan de Fuca située dans l’Océan Pacifique
Nord Est par un réseau d’observatoires liés par fibres optiques afin de
conduire en temps réel et sur le long terme des études à l’échelle d’une
plaque. Les observatoires seront pluridisciplinaires, permettant des études
sur les tremblements de terre et les déformations de la croûte terrestre,
sur l’écologie en mer profonde, sur les processus dans la colonne d’eau, sur
la pêche ou sur les mammifères marins. Le projet DEOS (Dynamics of Earth ans
Ocean Systems) propose d’établir un réseau mondial de bouée ancrées, au sein
duquel la composante britannique B-DEOS (British-DEOS) propose de dépolyer
un ensemble de capteurs sur la dorsale de Reykjanes en Atlantique Nord. Le
projet MOMAR propose d’instrumenter la dorsale Médio Atlantique.
Les réseaux câblés
sont souhaitables pour l’acquisition en temps réel des données et la
fourniture de l’énergie aux observatoires. Un premier modèle opérationnel (
installé en 1996) est le dispositif d’observation sur le long terme
d’écosystèmes (Long term Ecosystem Observatory) LEO-15, installé à une
profondeur de 15 mètres par l’université de Rutgers. Le MVCO (Woodshole
Martha’s Vineyard Coastal Observatory) s’attaque aux problèmes de câbles
sous-marins et de nœuds. Parmi les observatoires profonds, HUGO (Hawaii
Unsersea Geo-Observatory) était à 1200m, alors que H2O (Hawaii two
Observatory) est installé par 5000 mètres de fond. Le projet japonais VENUS
(Versatile Eco-monitoring Network by Undersea cable) concerne des profon
deurs de 2200 mètres. En Europe les projets de détecteurs de neutrinos
offrent des possibilités de test sur câble, mais aucun observatoire câble
pluridisciplinaire n’a encore été déployé en eau profonde, bien que des
travaux de développement soit en cours dans plusieurs pays.

Plusieurs programmes
financés par l’Union Européenne ont développé des observatoires autonomes.
On peut citer par exemple le projet ALIPOR (Autonomous Lander Instrument
Platform for Oceanographicc Research) qui incluait les développements de
BOBO, MAP (Module Autonome Pluridisciplinaire) et VESP (monitors flow from
vent sites). Aux Royaumes Unis BATHYSNAP fut un instrument novateur et
l’engin DOBO (Deep Ocean Benthic Observatory) est opérationnel en Atlantique
nord est. Ces systèmes ont typiquement une autonomie en énergie et en
stockage de données de 6 à 12mois et sont des moyens d’obtenir à moindre
coût des observations à long terme, mais sans possibilité d’y accéder en
temps réel. Le projet européen GEOSTAR est d’abord un système d’acquisition
de données géophysique dont les capacités ont été étendues afin de pouvoir
supporter des capteurs pluridisciplinaires. Il permet d’accéder en temps
quasi réel aux données en utilisant une liaison acoustique entre le station
fond et une bouée de surface ancrée à proximité, cette dernière étant reliée
par une liaison radio VHF ou satellite au centre de contrôle à terre. OFOS
est un système actuellement déployé en Mer Adriatique surveillant la
pression intertistielle dans les sédiments et l’activité sismique. Le projet
ASSEM (Array of Sensors for long term SEabed Monitoring of geohazards)
développe les éléments nécessaires à la surveillance d’une surface de
quelques kilomètres carrés tant du point de vue capteurs (méthane,
géodésie,…) que du point de vue infrastructure (liaisons acoustiques et
filaires, connexion déconnexion des capteurs et des sources d’énergie,…).
Ces développements seront très utiles pour la mise en œuvre d’ESONET.
La principale
conclusion à retenir de l’état
de l’art est la reconnaissance générale de la nécessité d’une surveillance à
long terme de l’environnement. Des observatoires developpés pour des
disciplines différentes sont opérationnels, principalement en tant que
systèmes autonomes. La mise en place d'un réseau d'observatoires est
techniquement faisable mais sa mise en œuvre ne peut se faire qu’au sein
d’une collaboration internationale pluridisciplinaire. Le but d ‘ESONET est
de créer les liens nécessaires à la mise en place d’un réseau européen de
stations d’observation. Les partenaires d’ESONET possèdent les compétences
nécessaires et l’ont prouvé dans toutes les mers du globe. Ils veulent
joindre leur forces en abordant un problème à l’échelle du continent
européen.

Les stations
autonomes existantes (BOBO,DOBO,
MAP,…) sont généralement déployées sur le fond en chute libre, aussi leur
localisation n’est pas précise. Pour étudier des évènements locaux tels des
sources chaudes ou de récifs de coraux froids, il est nécessire d’avoir un
positionnement très précis. GEOSTAR est déployé et récupéré en utilisant un
« mobile docker » équipé de propulseurs permettant de manœuvrer au fond et
de choisir le lieux d’implantation. VESP est déployé est utilisant un
système de dépose (launcher) équipé d’une camera vidéo permettant de choisir
le lieu de lâcher. L’installation d’observatoires câblés profond
nécessitera l’utilisation de ROVs (Remote Operated Vehicules). L’industrie
offshore opère plusieurs engins de ce type. Pour les applications
scientifiques, l’engin français VICTOR 6000 est un moyen approprié, déjà
utilisé pour le déploiement d’instrumentation sur le fond. Un engin
similaire sera disponible aux Royaumes Unis à partir de 2003 et l’Allemagne
prévoit de s’équiper. L’Europe disposera ainsi des moyens logistiques
nécessaires à la mise en place et à la maintenance d’un réseau
d’observatoires profonds.
Une
fonctionnalité future d’un réseau d’observatoires au fond de la mer sera sa
capacité à accueillir à certains nœuds des véhicules
autonomes sous-marins « AUV » afin de recharger leurs batteries et de
transférer les données acquises durant leur mission.